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L’insigne de la société des Cincinnati

Insigne de la société des Cincinnati XVIIIe siècle Or et émail

 

 

Le 19 avril 1775 un détachement de l’armée anglaise tombait dans une embuscade tendue par les insurgés américains. Premier affrontement réel entre britanniques et « Patriots », ce fait d’arme marque le début de la guerre d’indépendance américaine.

Né d’un désaccord économique entre la couronne britannique et ses colonies américaines, ce conflit donna naissance aux États-Unis d’Amérique qui déclarèrent leur indépendance le 4 juillet 1776. Malgré des débuts difficiles, l’armée continentale commandée par le général Washington et soutenue par la France en 1778, fut victorieuse et le traité de Versailles, signé le 3 septembre 1783, reconnut officiellement l’indépendance des États-Unis.

Le général Knox et un prussien, le baron Van Steuben eurent l’idée de créer une société patriotique composée des officiers ayant participé à la guerre d’indépendance, avec pour objectif de « perpétuer ce grand événement ainsi que l’amitié formée au milieu des dangers courus en commun et, en bien des cas, cimentée par le sang versé sur les mêmes champs de bataille ».  Cette organisation vit le jour le 13 mai 1783 et fut divisée en treize sociétés, pour chacun des États d’origine. Les liens entre les différents membres devaient ainsi faciliter la fédération des anciennes colonies. Elle fut complétée par une société française en 1794.

Elle prit le nom de société des Cincinnati en référence à Cincinnatus, consul romain appelé à défendre la République par les armes et qui par deux fois fondit son épée en charrue pour servir son pays par son travail ; un symbole du rôle qui incombait aux soldats de la guerre d’indépendance.

Les membres de la société se dotèrent d’un insigne dessiné par un major français du génie, Pierre-Charles L’Enfant. Il se compose d’une aigle d’or chargée d’un médaillon illustrant  l’histoire de Cincinnatus : à l’avers les sénateurs demandant au héros de laisser sa charrue pour reprendre le combat, entouré de la légende « OMNIA – RELINQT – SERVARE – REMPU » abréviation latine de la phrase « Il abandonna tout pour servir la République » et au revers le retour de Cincinnatus à son labour, entouré de la devise « VIRT – PRAEM – SOCI – CIN – RUM – INST – AD 1783 » signifiant «  en récompense de la bravoure – Société des Cincinnati fondée en 1783 après J-C ».

La mise en place d’une telle institution que ses fondateurs, tels Knox, qualifiaient d’ordre dans la jeune Amérique démocratique ne fut pas sans soulever de réserves.

Benjamin Franklin et John Adams mirent en effet en garde Washington, premier président de la société, des dangers d’une telle organisation dans une société républicaine : en distinguant certains citoyens, celle-ci risquait, selon eux, de constituer une nouvelle noblesse. Ils lui reprochaient notamment le caractère héréditaire des membres de la société. 

Les mêmes réserves furent soulevées quelques années plus tard en France lors de la création de la Légion d’honneur. Savoye-Rollin, opposé au projet de Légion d’honneur, la compara à Cincinnati, « cet ordre qui s’était institué sans recourir à l’autorité supérieure, ne recevait que des officiers, consacrait l’hérédité des titres, adoptait une marque distinctive, et créait réellement une noblesse ».

Tombée en léthargie à la mort de Washington, la société des Cincinnati est redevenue active en 1854 aux Etats-Unis ; la société Française, supprimée en 1794, a été recréée en 1925.

Cet insigne, qui fait partie des premiers modèles créés, est exposé dans la salle des ordres étrangers.