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L’Histoire chronologique des décorations portées en France

Henri Leduc - Julien Lepage L’Histoire chronologique des décorations portées en France Planche aquarellée

 

 

« Miroirs de l’histoire », les différents ordres et décorations fascinent les historiens depuis plusieurs siècles. Ces distinctions, aux multiples facettes, racontent à la fois le destin de la personne qui est honorée, du pays qui les remet et du contexte dans lequel cette remise prend place.

Déjà en 1820, Aristide-Michel Perrot écrivait sa « Collection historique des ordres de chevalerie civils et militaires existant chez les peuples du monde ». Mais c’est durant la seconde moitié du XIXe siècle que débute un grand foisonnement pour l’historiographie des ordres et décorations. C’est à cette période que des nombreux érudits, scientifiques ou collectionneurs, ont tenté de recomposer les différentes étapes de l’histoire de la phaléristique et que se sont multipliés les ouvrages sur le sujet. Pour sa part, la grande chancellerie propose à l’Exposition universelle de 1889 une vitrine présentant les différentes décorations depuis l’Ancien Régime ; un premier pas vers le futur musée de la Légion d’honneur qui ouvrira ses portes en 1925. Les premières grandes collections apparaissent également, dont celles du marquis Rodolphe de Champreux d'Altenbourg ou de Maurice Bucquet, dont les rôles seront également déterminants pour la naissance du musée.

Grâce à François Parmentier, au nom d’André Damien (1930-2019), membre du conseil de l’ordre de la Légion d’honneur, administrateur de la Société des amis et fidèle mécène du musée, c’est un formidable témoignage de cette effervescence historique qui est présenté ici : le manuscrit de L’Histoire chronologique des décorations portées en France d’Henri Leduc, complété de magnifiques planches peintes par Julien Lepage.

Cet ouvrage avait constitué le prétexte à la parution du Grand livre des ordres de chevalerie et des décorations du Bâtonnier Damien qui nous rappellait en préface l’importance de ce champ de recherches, « L’étude des décorations, qui porte le nom savant de « phaléristique », est une étude passionnante. D'une part, parce que les croix et médailles qui constituent l'ensemble des décorations et ordres français sont généralement d'une qualité artistique intéressante et, en tout cas, témoins de l'effort artistique d'un temps. Certaines sont de forme ancienne et déjà dépassées par le goût actuel, d'autres au contraire gardent une modernité toute particulière, ce qui est le cas par exemple des insignes de l'ordre des Arts et Lettres du ferronnier Subes. D'autre part, ces objets sont chargés d'Histoire et consacrent notamment les mérites ou l'héroïsme de leurs porteurs ; par là même ce sont des souvenirs précieux, des sortes de reliques de tout un passé de gloire qu’a connu la France. »

Chapelier au Mans dans la seconde moitié du XIXe siècle, Henri Leduc fut un grand collectionneur d’ordres, de médailles et de décorations. À son retrait des affaires en 1895, il se lança dans une vaste campagne de recherches et de rassemblement d’informations sur ce sujet puis dans la rédaction d’un ouvrage de vulgarisation. En préambule, il justifie son intérêt pour le sujet, « le Français, frondeur par tempérament, critique volontiers les décorations, mais, au fond, elles le flattent et répondent à ses plus chers désirs. Les braves gens de France aiment les satisfactions de sentiments. Ils acclament le sauveteur dont on récompense l’acte de courage, le vieil ouvrier qui verse une larme en recevant sa médaille du travail, le légionnaire qui reçoit, devant la foule émue, l’étoile des braves et le ruban rouge. »

Pour les illustrations, Leduc se tourna vers un jeune professeur de l'école des Beaux-Arts du Mans, Julien Lepage. Selon les mots d’André Damien, « Le peintre accepta d'exécuter ce vrai travail de bénédictin : reproduire en miniature et en relief, grandeur nature, les moindres détails de chaque décoration, en respectant scrupuleusement les teintes des métaux, émaux et rubans. ».

Ce projet fut achevé peu avant le début de la Première Guerre mondiale. Il ne fut jamais édité et il a fallu donc attendre la parution en 1991 de l’ouvrage d’André Damien pour que ces planches puissent être publiées. Elles constituent aujourd’hui l’un des trésors des collections d’arts graphiques du musée.