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Le nécessaire de voyage de Madame Campan

Martin-Guillaume Biennais (1764-1843) Nécessaire de voyage de Mme Campan, 1809 Vermeil, argent, ivoire, porcelaine, cuir, soie et acajou Don de M. Claude Sainte-Claire Deville, 1988, Inv. 08388

 

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Le 30 novembre 1805, le Conseil d’État adoptait le projet de création de trois maisons d’éducation pour les filles des membres de la Légion d’honneur. Avec ces établissements, Napoléon entendait combler un vide laissé par la Révolution en matière d’éducation féminine et ainsi donner un rôle central aux femmes dans la société.

En effet, à la chute de l’Ancien Régime, tous les couvents sont fermés et rares sont les maisons qui accueillent les jeunes femmes de la haute société. Napoléon, conscient de ce manque, souhaite créer des établissements inspirés des fondations d’Ancien Régime telle que la Maison royale de Saint-Louis, fondée par Madame de Maintenon, mais laïques et fidèles aux idéaux modernes. Dans son programme éducatif, qu’il décrit dans une lettre au grand chancelier Lacepède, le 15 mai 1807, il explique vouloir former « des femmes vertueuses », afin de leur assurer « une existence digne et indépendante ».

La première maison d’éducation ouvre ses portes en septembre 1807 au château d’Ecouen. La direction est confiée à Jeanne Louise Henriette Genet Campan, dite Madame Campan. Cette ancienne lectrice des filles de Louis XV, puis première femme de chambre de

Marie-Antoinette, a prouvé ses talents d’éducatrice en fondant en 1794 à Saint-Germain-en-Laye un pensionnat pour les jeunes filles de la haute bourgeoisie. Parmi ses anciennes élèves figurent notamment Hortense de Beauharnais, Pauline et Caroline Bonaparte.

Symbole de la reconnaissance de l’Empereur, le nécessaire de voyage présenté ici fut selon la tradition familiale, offert par Napoléon Ier à Madame Campan par l’intermédiaire d’Hortense de Beauharnais, nommée le 16 décembre 1809 protectrice des maisons d’éducation.

 

Portrait de Madame Campan (1752-1822)

peint par Joseph Boze

 

Remplaçant les diverses « cassettes » et autres « étuis », ce type de nécessaire est apparu à partir de 1715 et se diffuse tout particulièrement sous le Premier Empire. Chefs-d’œuvre d’ébénisterie et d’orfèvrerie, ils devaient allier l’aspect pratique, renfermant un maximum d’objet dans un minimum d’espace, et l’aspect esthétique, avec des objets confectionnés en argent, vermeil, ivoire etc.

Réalisé par Martin-Guillaume Biennais, le nécessaire de voyage de Madame Campan se compose de 35 éléments qui devaient répondre à tous les besoins : brosse à dent, nécessaire à parfum ou miroir, couverts, pot à lait, service à thé et café.

Surintendante de la maison d’Écouen jusqu’à la restitution du domaine aux Condés par Louis XVIII, Madame Campan est morte en 1822. Tous ses biens furent légués à sa nièce, Mademoiselle Genet. Son descendant direct, Claude Sainte-Claire Deville a fait don de son nécessaire de voyage au musée en 1988.

Ayant survécu à tous les régimes politiques depuis le Premier Empire, les maisons d’éducation de la Légion d’honneur sont aujourd’hui ouvertes aux filles, petites-filles et arrière petites-filles des membres de la Légion d’honneur, de l’ordre national du Mérite et des médaillés militaires.