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Le glaive de cérémonie du Maréchal Berthier

Glaive de cérémonie du Maréchal Berthier, Premier Empire,
Laiton doré, vermeil, acier et chagrin
Don de la famille de la Tour d’Auvergne Lauraguais, 2014

Il y a deux cents ans, le 1er juin 1815, Louis-Alexandre Berthier, ancien ministre de la Guerre de Napoléon, disparaissait d’une chute du troisième étage de son château de Bamberg. Maréchal d’Empire et major-général de la Grande Armée, il était, pour reprendre les mots de l’Empereur, « l’un des grands et des plus précieux (…) nul autre n’eût pu le remplacer ».

Le glaive du maréchal Louis-Alexandre Berthier a été offert au musée de la Légion d’honneur par la famille de la Tour d’Auvergne Lauraguais qui fait partie des grands mécènes du musée. C’est à l’occasion de la dispersion des souvenirs du maréchal chez Sotheby’s en avril 2014 que le glaive, accompagné du sabre dit « de Lodi » et d’autres œuvres prestigieuses, a été offert au musée. Cet ensemble vient compléter les dons du prince Charles-Louis de 1962 et 1986, comprenant les casques et les cuirasses de l’Empereur et du maréchal Berthier ainsi que le costume de cour, le collier de la Légion d’honneur et le bâton de ce dernier.

Le tout sera exposé à partir d’octobre 2015, dans les nouvelles salles réservées à Légion d’honneur et à l’époque napoléonienne.

Développés sous le Directoire, les glaives de cérémonies se diffusent principalement sous l’Empire. Armes d’apparat, ils ne sont pas destinés au combat mais sont portés à la cour impériale et lors des cérémonies officielles. Celui de Louis-Alexandre Berthier, orné de couronnes de lauriers, d’une tête de lion et d’une victoire (déesse) ailée est caractéristique du style néoclassique. Il provient de la manufacture de Klingenthal, grande productrice d’armes d’apparat au Premier Empire avec celle de Nicolas Boutet à Versailles.
 

 

La croisière (partie de la monture du glaive et les quillons (branches de la garde), en forme d’aigle impériale symbolisent la fidélité à l’Empereur. Ils sont similaires aux glaives des maréchaux Jean-Baptiste Bessières et Michel Ney, conservés au Musée de l’Armée.

Ingénieur-géographe comme son père, Louis-Alexandre Berthier participe dès ses treize ans à la guerre d’indépendance américaine. À la chute de l’Ancien Régime, il occupe les fonctions de chef d’état-major sous plusieurs généraux et se lie d’amitié avec le général Bonaparte à l’occasion de la première campagne d’Italie.

Favorable au coup d’état du 18 brumaire, il est fait ministre de la Guerre sous le Consulat. Participant à toutes les campagnes militaires, il est nommé major-général en 1805 et devient la tête pensante de la Grande Armée.

Il transmet et vérifie l’exécution des ordres de l’Empereur, contrôle les mouvements et les effectifs, rassemble les différents renseignements et s’assure de la bonne marche de l’intendance. Mauvais tacticien sur le champ de bataille, il n’en est pas moins excellent logisticien : pour cette qualité, Napoléon le comble de titres et de faveurs. Ainsi, en 1804 il devient maréchal d’Empire et grand veneur (grand officier chargé des chasses). En 1805, il est fait grand aigle de la Légion d’honneur et en 1807 il devient vice-connétable (équivalent de vice chef de l’armée). Enfin, Louis-Alexandre Berthier obtient tour à tour, les titres de prince de Neuchâtel, de Valengin puis de Wagram et représente l’Empereur à Vienne, lors de son mariage avec Marie-Louise.

Un désaccord avec Napoléon sur la conduite de la campagne de Russie, le pousse à la démission et le fait tomber en disgrâce. Louis-Alexandre Berthier participera tout de même à la campagne de France où il sera blessé d’un coup de lance. Rallié à Louis XVIII en 1814, il le suit à Gand lors des Cent-Jours, puis se retire dans son château de Bamberg, où il meurt le 1er juin 1815.