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Le collier de la Légion d’honneur du Maréchal Berthier

Collier de la Légion d’honneur du maréchal Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), prince de Neuchâtel et de Wagram

 

Époque Premier Empire Poinçons d’orfèvre et d’essai. Inscription au dos du fermoir « Biennais orfèvre de sa Majesté Impériale et Royale et de sa Majesté le roi de Hollande à Paris » Or et émail Don de la famille de la Tour d’Auvergne Lauraguais, 1986

Le 1er juin 1815 disparaissait l’une des plus importante figure du Premier Empire, Louis-Alexandre Berthier. Ministre de la Guerre de Napoléon, Maréchal d’Empire et Major général de la Grande Armée, il était, selon les mots de l’Empereur, « l’un des grands et des plus précieux (…) nul autre n’eût pu le remplacer ».

Très proche de Napoléon, Berthier fut l’un des très rares personnages à recevoir un collier de la Légion d’honneur, non statutaire durant le Premier Empire, mentionné dans aucun décret et conféré  à la discrétion de l’Empereur aux princes de sa famille ou à quelques très grands dignitaires.  

Le maréchal Berthier

Ingénieur-géographe tout comme son père, le futur maréchal participe dès ses treize ans à la guerre d’indépendance américaine. À la chute de l’Ancien Régime, il occupe les fonctions de chef d’état-major sous plusieurs généraux et se lie d’amitié avec le général Bonaparte à l’occasion de la première campagne d’Italie.
Favorable au coup d’état du 18 brumaire, il est fait ministre de la guerre sous le Consulat. Participant à toutes les campagnes militaires, il est nommé major général 1805 et devient la tête pensante de la Grande Armée. Il transmet et vérifie l’exécution des ordres de l’Empereur, contrôle les mouvements et les effectifs, rassemble les différents renseignements et s’assure de la bonne marche de l’intendance. Mauvais tacticien sur le champs de bataille, il s’avère un excellent logisticien et Napoléon le comble de titres et de faveurs : il devient maréchal d’Empire et grand veneur en 1804 ; il est fait grand aigle de la Légion d’honneur en 1805 et vice-connétable en 1807. Il obtient les titres de prince de Neuchâtel, Valengin puis Wagram et représente l’Empereur à Vienne, lors de son mariage avec Marie-Louise.
En désaccord avec Napoléon sur la conduite de la campagne de Russie, il démissionne et tombe en disgrâce. Il participe tout de même à la campagne de France où il est blessé d’un coup de lance. Rallié à Louis XVIII en 1814, il le suit à Gand lors des Cent-Jours, puis se retire dans son château de Bamberg, où il meurt le 1er juin 1815.

Le collier de la Légion d’honneur

Institué le 29 Floréal an X (19 mai 1802), la Légion d’honneur n’est dotée d’un insigne que par le décret du 22 messidor an XII (11 juillet 1804) complété par celui du 10 pluviôse an XIII (30 janvier 1805) qui fixe la composition de la grande décoration. Par une lettre du 5 prairial an XII (25 mai 1804), quelques jours seulement après la proclamation de l’Empire, Vivant-Denon suggère également à Napoléon la création d’un collier « qui pourrait servir soit pour la décoration des grands officiers de l’ordre, les jours de cérémonie, soit pour mettre autour de son cachet et décorer les armes de sa majesté » (Archives de la Monnaie de Paris), composé d’une alternance d’enseignes romaines et de trophées évoquant les disciplines d’excellence de la Nation.

Pour son sacre, l’Empereur arbora un collier formé « de 16 grands aigles les ailles ouvertes » (Mémoire de fournitures faites pour la cérémonie du sacre, Biennais, Archives Nationales). Il en adopta cependant dès 1805 un nouveau, dit du « second type », à l’iconographie beaucoup plus ambitieuse, probablement sur les conseils de Denon. C’est ce même modèle que reçut le maréchal Berthier. Il  se compose de 16 médaillons illustrant les activités civiles et militaires récompensées par la Légion d’honneur et de 16 aigles symbolisant les cohortes, unités territoriales administratives de l’institution avant 1809. Il est très similaire à celui de l’empereur, échu à Joseph lors du partage des effets impériaux en 1836, et offert aux Invalides en 1843.

Le collier de Berthier a, lui, été offert par la famille de la Tour d’Auvergne Lauraguais qui figure, de générations en générations, parmi les grands mécènes du musée. Il fait parti des deux grandes donations au musée, en 1962 et en 1986 du prince Charles-Louis, où figurent également le casque et la cuirasse de Berthier et son bâton de maréchal. Ils ont été complétés par le glaive, accompagné du sabre dit « de Lodi » et d’autres souvenirs impériaux, offerts au musée par la prince Alexandre à l’occasion de la dispersion des souvenirs du maréchal chez Sotheby’s en avril 2014.