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Le baptême du roi de Rome

Tasse et soucoupe
Manufacture de Dihl
Porcelaine
Marque « DIHL » sous la tasse, en bleu sous couverte
Achat du Musée, 1935, Inv. 03192

Le 20 mars 1811 cent un coups de canon annoncent la naissance de Napoléon François Charles Joseph, fils unique de Napoléon Ier et de Marie-Louise et héritier du trône impérial.

Cette tasse met à l’honneur le prince qui « paraissait  personnifier les espoirs, les désirs, la gloire et la force d’une nouvelle dynastie » (lettre A*** sur le Duc de Reichstadt par un de ses amis, comte de Prokesch-Osten).

Ne parvenant pas, en effet, à obtenir d’enfant de Joséphine, Napoléon se résigne en 1809 à divorcer pour épouser Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche François Ier, jeune princesse choisie pour fonder la nouvelle dynastie. Dès le 25 octobre 1810, une grossesse est annoncée et après un accouchement difficile, Marie-Louise donne naissance  au « roi de Rome ». Son éducation est assurée par la comtesse de Montesquiou, mais son enfance paisible est de courte durée. Le 4 avril 1814, Napoléon abdique une première fois et le roi de Rome devient, jusqu’à ce que son père signe le 6 avril un acte d’abdication incluant ses descendants, empereur des Français sous le nom de Napoléon II. Les coalisés lui donnent ensuite, par le traité de Fontainebleau, le titre de prince de Parme. Les Cent Jours et le retour de son père lui permettent de retrouver son statut de prince impérial et il « règne » de nouveau 20 jours après la seconde abdication de Napoléon. L’enfant devient un prince autrichien et reçoit le titre de duc de Reichstadt. Il est nommé, par son grand-père, caporal en 1822 puis capitaine en 1828. Il meurt de la tuberculose en 1832, âgé seulement de 21 ans.

La scène représentée sur la tasse illustre le geste de l’élévation accompli par l’Empereur lors du baptême célébré dans le plus grand faste le 9 juin 1811 à Notre-Dame. Napoléon Ier est dépeint en « petit habillement » (tenue réservée aux cérémonies officielles), portant le cordon et la plaque de la Légion d’honneur. Il lève le roi de Rome au dessus des fonds baptismaux, présentant à tous les dignitaires l’enfant qui assure la continuité dynastique.

La démonstration politique de ce geste est forte. C’est la scène choisie pour figurer sur la médaille du baptême, réalisée par Bertrand Andrieu sur un dessin de Louis Lafitte. Reprise par de nombreux artistes, cette image emblématique sera largement diffusée.

Citons comme exemple le vase étrusque en porcelaine de Sèvres offert par l’Empereur à la duchesse de Noailles et aujourd’hui dans les collections de la Fondation Napoléon.

La manufacture de Dihl, apparue sous l’Ancien Régime, est l’une des plus célèbres manufactures de Paris. Elle concurrence Sèvres jusqu’à sa fermeture sous le Restauration.

La tasse et sa soucoupe sont caractéristiques du raffinement de ses productions alliant sobriété néoclassique et qualité des dorures.

Elles firent partie de la célèbre collection d’Emile Brouwet et figurent dans la vente des 27 et 28 mai 1935 (lot n°5) où elles furent acquises par le musée de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie en même temps que la grande plaque de porcelaine de Sèvres, peinte par Parant, illustrant l’Impératrice Marie-Louise, guidant les premiers pas du roi de Rome grâce à son cordon de la Légion d’honneur.