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La Croix de guerre du général Giraud

Croix de guerre du général d’armée, Henri Giraud (1879-1949), Bronze, Don de Mme Blanc-Giraud, 2008, Inv. 09721

 

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Le 26 décembre 1942, le général d’armée Henri Giraud était nommé à la tête du Haut-commissariat de la France pour l'Afrique puis Commandant en chef français civil et militaire. Il en assura la fonction jusqu’à la création du Comité français de la Libération nationale, le 3 juin 1943.

Symbole de cette courte période de commandement, la Croix de guerre de Giraud est d’un modèle spécifique dont le général fut à l’origine ; elle lui fut offerte à ce titre par l’association de l’Artisanat algérois en 1943.

Né à Paris en 1879 et élève de l’école militaire de Saint-Cyr, dont il sort en 1900, Henri Honoré Giraud est général d’armée quand débute la Seconde Guerre mondiale. Fait prisonnier le 19 mai 1940, il se rend célèbre par son évasion spectaculaire de la forteresse de Königstein deux ans plus tard. Après un bref passage à Vichy, partisan de la lutte contre l’Allemagne nazie, il entre en contact avec les armées anglo-américaines. Avec le débarquement en Afrique du Nord, les Alliés comptent sur lui pour rallier les forces vichystes et prendre le commandement de l’armée d’Afrique. Il devient alors le subordonné de l’amiral Darlan jusqu’à  son assassinat le 24 décembre 1942.

Nommé haut-commissaire, Giraud entend instituer une décoration pour soldats de l’armée d’Afrique, qui ont repris les combats en Tunisie depuis le 17 novembre 1942. La décision du département de la défense nationale numéro 1004/EM/1 du 16 mars 1943 crée à cet effet une nouvelle Croix de guerre destinée à récompenser les actions d’éclat survenues à partir du 20 novembre 1942.

Instituée pendant la Première Guerre mondiale, la Croix de guerre était destinée à matérialiser les citations individuelles pour faits de guerre. Elle fut reprise par la loi-décret du 26 septembre 1939. La Croix de guerre dite « du général Giraud », diffère du modèle officiel. A l’avers de la croix, l’effigie de la République est remplacée par deux drapeaux entrecroisés et au revers est gravé le millésime 1943. Le ruban quant à lui reprend à l’identique celui de la Première Guerre Mondiale (celui de 1939 était rouge avec quatre rayures vertes).

 

Symbole de la division du pays, les Croix de guerre se sont multipliées durant la Seconde Guerre mondiale. Pas moins de six versions différentes furent décernées entre 1939 et 1947 par les différentes entités prétendant incarner la France : la Croix de guerre de 1939, créée le 26 septembre 1939, celle dite de « Vichy », le 28 mars 1941, celle de la France Libre, dite « de Londres », le 30 septembre 1942, celle de Giraud, celle, non-officielle, de la légion des volontaires français et enfin celle de 1939-1945.

D’une durée très éphémère (près de 7 mois), la Croix de guerre dite « d’Alger » ou « de Giraud » fut interdite de port le 9 novembre 1943 par le général de Gaulle puis définitivement supprimée par l’ordonnance du 7 janvier 1944 qui règlemente l’attribution des décorations de la France Libre. Elle fut décernée près d’un millier de fois, principalement pour la campagne de Tunisie.

Ce modèle de croix de guerre demeure donc aujourd’hui extrêmement rare. La plupart sont de fabrications locales, d’une qualité souvent médiocre comme le souligne le commandant Stiot ( in Les Carnets de la Sabretache) : « Le bronze de mauvaise qualité, est de teinte soit jaune, soit brun noir, et le travail est grossier, sans finition, présentant un aspect rugueux, boursouflé avec des arrêtes sans rectitude et des défauts de moulage ».

La Croix de Giraud fut offerte au musée en 2008, accompagnée d’un portrait du général, par sa fille qui souhaitait lui donner «  sa place dans un site prestigieux qui défend le devoir de Mémoire ». Elle est depuis exposée dans l’espace consacré à la Seconde Guerre mondiale.