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Epée de service offerte au tsar Alexandre Ier

Martin-Guillaume Biennais (1764-1843) - Epée offerte par Napoléon au tsar Alexandre Ier 1808 – or, acier damasquiné et bleui, cuir et bois. Don du duc de Talleyrand-Périgord et de la duchesse, née Anna Gould, Inv. 03033

 

Du 27 septembre au 14 octobre 1808 se tient dans la petite ville d’Erfurt, en Thuringe (Allemagne), une  rencontre demeurée célèbre entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier de Russie. Organisé à l’initiative de l’empereur des Français, ce congrès doit renforcer l’alliance entre les deux hommes.

Souhaitant s’attirer les bonnes grâces de son invité, Napoléon fait de cette entrevue une suite de fêtes et de chasses somptueuses. En plus du tsar, un grand nombre de princes et rois allemands sont présents ; une véritable « plate-bande », conviée dans un but de figuration, selon le bon mot de Talleyrand. Les plus grands acteurs, dont Talma et les plus grands orchestres font le voyage depuis Paris.

Derrière tant de fastes déployés, c’est pourtant une autre partie qui se joue. Membre des quatre coalitions contre la France, la Russie a rallié l’Empereur avec la signature du traité de Tilsit en 1807. Mais quinze mois ont passé quand débute Erfurt et le contexte géopolitique n’est plus le même. Au sommet de sa gloire, la Grande Armée a subi ses premiers revers en Espagne et Napoléon songe à y intervenir personnellement. Pour cela, il compte sur l’empereur de Russie pour contenir une Autriche belliqueuse, et ainsi éviter toute attaque sur ses arrières.

Conseillé en sous-main par Talleyrand, Alexandre tient cependant tête à Napoléon et refuse de se déclarer ouvertement allié de la France contre Vienne. Malgré un traité signé le 12 octobre 1808, réaffirmant les accords de Tilsit, la rencontre est un échec pour Napoléon, et les premiers signes de fragilité de l’Empire se font sentir.

De coutume, ce désaccord final n’empêche les deux hommes de se combler de cadeaux diplomatiques. Comme l’écrit Alphonse Maze-Sancier, « les deux souverains échangèrent à profusion des croix, des tabatières, des bijoux et autres présents », parmi lesquels figure cette épée en or, exécutée par Martin-Guillaume Biennais, célèbre orfèvre de l’Empereur.

 

Son pommeau est orné d'un hibou et d'un casque, et la fusée d'une tête d'Hercule, sur une face, et d'une tête de Minerve, sur l'autre. Le quillon s'achève lui en tête de lion et la coquille est chargée de l'aigle sur son foudre dans un bouclier, entouré de seize étoiles.

De ce modèle, appelé « épée de service » dans l’inventaire de la garde-robe de l’Empereur, seuls trois exemplaires sont connus aujourd’hui. La première épée, livrée sous le Consulat, est celle dite d’Austerlitz, aujourd’hui conservée au musée de l’Armée. La seconde, aujourd’hui dans les collections du musée de la Légion d’honneur, fut offerte à Alexandre Ier en 1808. La troisième, commandée le 27 septembre 1808, en remplacement de celle donnée au tsar, fut récupérée par le maréchal von Blücher après Waterloo puis envoyée au roi de Prusse. Achetée par le musée de l’Armée en 1932 puis prise par les Allemands en 1940, elle est aujourd’hui disparue.

Conservée dans les collections du musée de l’Ermitage, l’épée offerte à Alexandre Ier fut, elle, vendue sur décision du gouvernement soviétique en 1932 et acquise par le duc de Talleyrand-Périgord et la duchesse, née Anna Gould. Ils en firent ensuite don au musée de la Légion d’honneur en même temps qu’une paire de pistolets exécutée par Nicolas Boutet, directeur de la manufacture de Versailles et également donnée à Alexandre à Erfurt.

Récemment restaurée et nettoyée, cette épée est exposée, accompagnée d’autres souvenirs prestigieux de l’Empire, dans les salles dédiées à la Légion d’honneur et à l’épopée napoléonienne.