T- T+

Elizabeth I Danger Adverted Medal

Nicholas Hilliard (1547-1619)

Danger Adverted medal of Elizabeth I

1589

Or, émaux et perle baroque

Collection Ambassadeur Antonio B. Spada, Inv. 39

 

Les 7 et 8 août 1588, une flotte espagnole commandée par le duc de Medina Sidonia,  forte de près de 130 Navires et 30 000 hommes, est dispersée et incendiée par la toute jeune Royal Navy dans la baie de Graveline. Cette flotte, l’une des plus grandes alors jamais rassemblées, sera plus tard surnommée avec ironie « l’Invincible Armada ».

Cette veine tentative d’invasion de l’Angleterre reflète tout à fait le contexte religieux et géopolitique de cette fin du XVIe siècle. L’Espagne, alors fille ainée de l’Eglise catholique, est  une puissance déclinante, qui ne pardonne pas à l’Angleterre son soutien aux insurgés hollandais, en révolte contre Madrid.

La Grande-Bretagne, au contraire, s’affirme de plus en plus sur la scène européenne, à l’image d’une Royal Navy qui monte en puissance. Sa souveraine, Elisabeth Ière, n’en demeure pas moins dans une position fragile. Fille protestante d’Henri VIII, elle succède à sa demi-sœur, la catholique Marie Ière, et réinstaure la religion anglicane ; une décision qui ne fait l’unanimité ni à l’intérieur ni à l’extérieur du royaume.

La médaille présentée ici est la Danger Adverted Medal, attribuée au miniaturiste et graveur Nicholas Hilliard. Elle était offerte par Elisabeth Ière, férue de joaillerie,  pour récompenser la fidélité à la couronne.

L’avers représente la souveraine en majesté, entourée de la légende DITIOR IN TOTO NON ALTER CIRCULUS ORBE (« Il n’y a pas dans le cercle entier du globe de trône plus fort »). Elizabeth Ière posant très peu, ce portrait fut repris à de nombreuses reprises, sous diverses formes. Il est communément appelé son « masque de jeunesse ». La reine, peinte à plus de 60 ans, y apparaît plus jeune grâce à un adoucissement des traits par l’artiste.

Au revers, une île au milieu de l’océan forme une Angleterre allégorique, avec, au centre, le chiffre royal ER (« Elizabeth Regina ») et la légende NON IPSA PERICULA TANGUNT (« Même le danger ne l’affectent pas »). Sur la mer, en arrière-plan, trois navires sont représentés, dont un faisant naufrage, symbole de l’armada espagnole défaite un an auparavant. Au centre de l’île, un laurier, arbre toujours vert, même en hiver, symbolise l’immortalité.

Par la prolifération de telles médailles, la reine entend ainsi affirmer la solidité de son trône. Les puissances catholiques sont vaincues à l’extérieure, et à l’intérieure, Maire Stuart, reine déchue d’Ecosse, et principale rivale de la souveraine, a été exécuté en 1587.

Miniaturiste au service de la couronne britannique, Nicholas Hilliard participa à la fabrication des deuxième et troisième grands sceaux d’Angleterre. Il participa beaucoup à l’engouement pour ce type de médaille, très en vogue à la fin du XVIe siècle.

Très rare aujourd’hui, ce bijou conserve ses émaux d’époque et témoigne de la finesse de la joaillerie de la fin de la Renaissance. Un autre exemplaire non émaillé est exposé au British Museum et une autre médaille du même type, connue sous le nom de « joyau de l’Armada » est conservée au Victoria & Albert Museum.

La Danger Adverted Medal est aujourd’hui présentée dans la salle des ordres étrangers, parmi les ordres et décorations britanniques, véritable cœur de la collection de l’Ambassadeur Antonio Spada, dont elle est l’une des pièces majeure.