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Portraits de décorés

Albert Jugon

Défiguré dès les premières semaines de combats, Albert Jugon, né le 3 octobre 1890, est mobilisé dès le 2 août 1914 au 1er Régiment d'infanterie coloniale. Il prend part aux combats épiques de « Rossignol » dans le Nord de la France, qui freinent la marche de l'armée allemande et rendent possible la contre-offensive victorieuse de la Marne. Le 16 septembre 1914, à Ville-sur-Tourbe, son régiment est soumis à de violents bombardements. Le caporal Jugon est horriblement blessé par des éclats d'obus. Il est laissé pour mort sur le bord de la tranchée : la moitié de la figure et de la gorge emportées, une partie de la langue arrachée, les maxillaires fracassés et l'œil droit crevé. Il eut la force de griffonner quelques mots qu'il put remettre à un amônier. «Je suis certainement le plus grièvement blessé, évacuez les autres d'abord ... et pensez à moi ensuite si vous avez le temps».

Après quatre années de traitements intensifs et de très nombreuses opérations, Albert Jugon sort de l'hôpital, mais il est défiguré. Il assiste, sur la demande de Clemenceau, à la signature du Traité de Versailles, en juin 1919, avec quatre autres blessés du visage. Il participe en 1921 à la création de l’Union des blessés de la face et la tête, qui apporte une assistance directe, morale et matérielle à ses membres. Albert Jugon s'investit toute sa vie au sein de l'association. Elle concernera tous les défigurés des conflits à venir : Seconde Guerre mondiale, Indochine, Algérie. Albert Jugon meurt le 27 avril 1959.

Légende de la photo: Portrait de Albert Jugon