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La réception de Louis-Philippe dans l’ordre de la Jarretière

Réception par la reine Victoria du roi Louis Philippe Ier dans l'ordre de la Jarretière au château de Windsor
Nicolas Gosse (1787-1878). Achat du musée grâce au mécénat de la Fondation Saint-Louis et du Fonds du Patrimoine, 2015. Inv. 010326

Le 11 octobre 1844, Louis-Philippe Ier, roi des Français, recevait des mains de la reine Victoria, les insignes de l’ordre de la Jarretière.

Hautement symbolique, cette réception marquait le début d’une période de rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne, conclue en 1905 par la signature de l’Entente cordiale. Une longue période d’hostilités franco-britanniques – ayant atteint son paroxysme sous la Révolution et l’Empire – prenait ainsi fin. Il fallut attendre l’avènement de Louis-Philippe, roi anglophile et grand admirateur du système parlementaire britannique pour que s’initie ce véritable rapprochement entre les deux nations.

Sous son règne, Paris et Londres s’associèrent une première fois pour résoudre la crise du soulèvement belge contre le royaume du Pays-Bas. Un congrès réunit à Londres entérina l’indépendance de la Belgique. Louis-Philippe renonça au titre de roi des Belges qui lui avait été proposé (pour son fils le duc de Nemours) ce qui permit l’élection du candidat britannique, Léopold de Saxe-Cobourg.

La nomination de Guizot comme premier ministre joua également un rôle dans le processus de réconciliation. La reine Victoria fit une première visite en France, au château d’Eu, en 1843, confirmant ce qu’elle appela « une cordiale entente ». Le prince Albert, son époux, y reçut les insignes de grand-croix de la Légion d’honneur (toujours conservés dans les Collections Royales britanniques). Ce fut ensuite au tour de Louis-Philippe de se rendre à Windsor en 1844 : il y reçut l’ordre de la Jarretière, thème central de ce tableau. Victoria fit une ultime visite à Eu en 1845 scellant ce que l’on nomme aujourd’hui la première Entente cordiale.

Créé en 1348 par le roi Edouard III, l’ordre de la Jarretière demeure encore aujourd’hui le plus prestigieux des ordres britanniques. Sa célèbre devise, « honi soit qui mal y pense » soit : « maudit soit   celui qui pense que je ne suis pas le vrai roi de France », se réfère directement aux prétentions anglaises sur le trône de France lors de la guerre de Cent ans. Il se compose toujours de 25 chevaliers (en dehors du monarque, de sa famille et des chevaliers extra-statutaires tels les souverains étrangers).

Les nouveaux chevaliers sont reçus dans la salle de la Jarretière du château de Windsor, représentée sur ce tableau. Ils y reçoivent  une jarretière qu’ils arborent à la jambe gauche, un collier auquel est suspendu  « le grand Georges » : pendentif figurant Saint-Georges terrassant le dragon, une plaque et le cordon auquel est suspendu le « petit Georges ».

Sous ce tableau, exposé au musée dans la salle des ordres étrangers, sont aujourd’hui présentés le diplôme, la jarretière (acquis en 2000) ainsi que le collier de Louis-Philippe. Au décès du roi, le collier, qui doit statutairement être retourné à la chancellerie de l’ordre, fut conservé par sa famille, sur autorisation de la reine Victoria. Mis en dépôt au musée par la famille de France, il y est exposé avec la permission spéciale de S.M. la reine Elizabeth II.

Avec Napoléon III (reçu le 18 avril 1855), Louis-Philippe est l’un des derniers chefs d’Etat français à avoir reçu le plus prestigieux des ordres britanniques.

Réalisé d’après une aquarelle de L. Hague (Collections Royales britanniques), ce tableau fut commandé par le roi, le 16 juillet 1846.  Mis en dépôt au musée en 1999, il est entré dans les collections nationales en 2015 à l’occasion de la vente Orléans chez Sotheby’s. Un autre exemplaire, de même format, qui était destiné à la galerie Victoria du château d’Eu, est aujourd’hui conservé au château de Versailles.